Les boucles locales d’innovation : la démocratie pour territorialiser la mondialisation.

Les boucles locales d’innovation : la démocratie pour territorialiser la mondialisation.

2016
1,5 min de lecture

par Pierre-François Bernard

ecce terra - les boucles locales d'innovation

Crédit : Aat Verhoog, Twee naakten (twaalf keer), Rijksmuseum, domaine public

Il n’y a pas de territoires sans potentiel, il n’y a que des territoires démobilisés.

Depuis les années 2000, l’économie se re-territorialise, avec force de made in France et circuits-courts. Ce faisant, l’économie devient une question politique et éminemment démocratique. Le territoire n’étant plus une variable d’ajustement, ces nouvelles formes d’économie impliquent une approche des politiques territoriales plus souple, davantage focalisée sur les processus informels que sur la superposition de projets et d’outils.

Les territoires sont une base politique qui permet de repenser les espaces de marché. En marge des « grandes » innovations, fruits de séquences linéaires à l’échelle planétaire, ils sont les lieux de naissance privilégiés de boucles d’innovation itératives. La diversité des rencontres, la densité des relations, le degré important de confiance mutuelle, la rapidité du passage à l’acte, l’accumulation d’expériences et de patrimoine … Les réseaux de valeur endogène que sont les territoires font qu’y naissent des idées qui ne naîtraient nulle part ailleurs.

Dans nos territoires, l’innovation peut venir de partout. Loin d’idéaliser les territoires peu denses par rapport à ceux que forment l’économie d’archipel, ce constat invite à créer les conditions démocratiques nécessaires à l’émergence de réponses aux besoins et usages sociaux contemporains. Or, les ressorts de ces boucles locales d’innovation sont le plus souvent informels : provoquer des rencontres, explorer des idées puis les mobiliser efficacement, cultiver le pouvoir d’agir, l’esprit critique et la disposition au changement, etc.

Si les territoires sont propices à ces boucles d’innovation, encore faut-il les amorcer avant de chercher à les structurer ou les ancrer. L’organisation des projets est un enjeu de second plan, tandis que révéler des enjeux et initier des coopérations devient un savoir-faire démocratique crucial. Pour y parvenir, des coalitions d’acteurs pionniers et désintéressés sont nécessaires, afin de fédérer et rassembler des organisations et des personnes qui, autrement, n’auraient qu’un faible intérêt à s’investir en commun.

La question que pose le mouvement de relocalisation de l’économie à nos territoires est celle de l’engendrement. Elle dépasse largement la sphère des espaces de marché, voire les transforme en espaces politiques à l’échelle locale. Faire vivre des controverses et bousculer les statu quo sont une étape nécessaire et fertile pour réinterpréter les enjeux contemporains, mobiliser massivement et créer en commun.

Notes et réflexions issues d’un article de Marc Desforges et Frédéric Gilli paru dans Métropolitiques en 2012.

Les boucles locales d’innovation.