De nouvelles alliances naissent sur les territoires, face aux défis du temps présent.

2019
2 min de lecture

par Pierre-François Bernard

ecce terra - de nouvelles alliances naissent sur les territoires

Crédit : Yoru no Ginza, Ginza at nicht, Rijksmuseum, domaine public

Article paru dans la revue Jurisassociations n°595, dans un dossier consacré au thème : L’intérêt général, un concept en mutation

Le concept d’intérêt général est une exception française, au cœur de notre capacité à « faire   société ». Il a longtemps été une réponse et est progressivement devenu une question ces dernières décennies. Pourtant, il reste une référence tant auprès des jeunes générations que des autres pays qui, sans bien le comprendre, ont une écoute particulière sur la manière qu’a la France d’appréhender les enjeux collectifs qui dépassent la somme des objectifs individuels. Face à l’ampleur des transformations actuelles, il semblait plus que nécessaire de se (ré)approprier ce concept pour tenir compte des nouveaux besoins.

L’action collective transformatrice est sans doute le levier de la prise en compte de la mutation de l’intérêt général qui nécessite une plus grande attention de la part des acteurs de terrain. En effet, l’habitude a été prise historiquement de travailler en silo, sans avoir à se soucier des attentes, besoins ou apports des autres parties prenantes du territoire. Or, force est de constater que face à de nouveaux défi s, de nouvelles alliances naissent sur les territoires.

Pour exemple, la filière « Jaime mes bouteilles », qui gère la revalorisation des contenants usagés du vignoble jurassien (10 millions de bouteilles produites à l’année), répondant à une logique territoriale et d’économie circulaire, ne peut se concevoir qu’à travers la coopération de multiples acteurs alignant leur intérêt au service d’une cause qui les dépasse. Parce qu’un déchet peut devenir une ressource, ce changement de paradigme fait que chacun accepte de faire un pas de côté, pas qui, associés les uns aux autres, ouvrent de nouveaux possibles. Consommateurs changeant leurs gestes et habitudes en triant les bouteilles locales, magasins acceptant de consacrer de la surface commerciale aux bacs de dépôt, livreurs permettant de récupérer les bouteilles vides à moindres frais grâce à une logistique inverse, industriels innovant en créant de nouvelles colles d’étiquettes hyposolubles facilitant le lavage, interprofession viticole favorisant la diffusion de l’information, viticulteurs adaptant leurs pratiques d’achat et, enfin, institutionnels (Ademe et Région) mettant en œuvre des dispositifs d’appui à la transition : tous ces acteurs ont modifié quelque peu leur modèle historique.

Ainsi, cette nouvelle organisation permet de créer un emploi pour 500 000 bouteilles vendues, de produire jusqu’à six fois moins de CO2 qu’une filière de vin classique, sans consigne. Aucun acteur isolé n’aurait pu mettre en œuvre cette filière seul. Au-delà de l’émergence d’une nouvelle activité, cela met en évidence le rôle du catalyseur-facilitateur territorial qui, par son lâcher-prise et sa vue à 360 degrés, permet ce décloisonnement et cette fabuleuse et innovante cristallisation d’intérêt particulier autour d’un intérêt général.

Intérêt général et entrepreneuriat de territoire.